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Constellation 

Les Cent Vingt Journées de Sodome : Le sadisme à son paroxysme

Dernière mise à jour : 11 mars





Le livre ne pardonne pas, Sade ne pardonne pas par ses mots, il jure, il crache, et ses personnages font de même.



Un roman craché



Écrit à la Bastille, le roman dénote, selon Georges Bataille, d'une certaine "horreur de la liberté". De son cachot, Sade semble se lâcher en vociférant tout plein de saletés sur la société, au point de mettre en scène un noble, un homme d’Église, un juge de France, et un bourgeois dans une orgie où leurs fantasmes sont des plus obscurs (scatophilie, pédophilie...). Des personnages tous aussi importants dans leurs domaines respectifs, domaines qui jouent même un rôle essentiel, notamment pour l’évêque, dignitaire, responsable de la religion chrétienne. En charge de la bonne diffusion et du respect de la parole de Dieu, sa sagesse et sa bonne conduite religieuse sont alors remises en cause. Dans ce récit paroxystique, les quatre aristocrates sont les créateurs de la prison sexuelle dont nous lisons les horribles péripéties sadiques. Chacun des actes est raconté jusque dans ses profonds détails, jusqu’à nous trouer le ventre par sa violence cruelle, perverse.


En s’adressant constamment à nous, lecteurs, Sade nous crache ce récit plein de haine. On l’imagine nous le raconter avec un sourire macabre. La succession et les passages des personnages dans le lit de chacun provoque une sorte de déshumanisation. Puis, dans la seconde partie du roman, ce processus s’intensifie, on passe à une énumération des actes sexuels, sans même donner de prénom : “il fait attacher une fille de neuf ans” ; “il veut violer une fille de douze à treize ans” L’auteur, sûrement par excès de gentillesse, prévient son lectorat dès le début du roman des immondices qui seront racontées dans le récit. Puis, il revient régulièrement vers nous, comme s’il ne voulait pas nous perdre dans la lecture, comme un parachute qui nous retiendrait de tomber lors d’une chute libre, dans les abim̂ es du sadisme profond.

Cela ne l’empêche cependant pas de revenir avec empressement à ses cruelles et sales histoires.


Sade ne paraît pas connaître — ou en tout cas, n’en montre aucun signe — les sentiments humains. Chaque action est contée sans scrupule, et avec tout le bonheur du monde par l’intellectuel détenu. Elle n’est poussée que par des pulsions sexuelles. Les “mariages” sont imposés, ainsi que les “dépucelages”, qui sont de réels événements prévus et préparés par les quatre hôtes pour les “invités” de leur prison sexuelle.



Sadisme exquis



Il n’est donc pas étonnant que le mot « sadisme » dérive du nom de l'auteur. Certains dans le château de la Forêt-Noire sont excités par la simple idée de manger des étrons, un autre l’est à l’idée de tuer des nourrissons, à peine sortis du ventre de la mère, ou encore d’autres de torturer une femme jusqu’à sa mort. Pour moi, ce passage a été éprouvant à lire tant il est dur, incommode, atroce. Chaque acte subi par la femme, nous le subissons aussi, chaque doigt coupé, dent arrachée, œil crevé, chaque pénétration, nous assène un coup de couteau dans le ventre. Passage situé dans les derniers moments du livre, il est comme la consécration du sadisme de Sade.


Notre divin marquis semble accentuer chaque acte pour nous déranger, nous, ainsi que les règles et l’ensemble des lois de la France en pleine déconstruction du XVIIIe siècle. Il s’agit de nous révolter. Ce livre est une révolution en pleine Révolution Française dans laquelle Sade participe activement, au sein de la Section de Piques, branche la plus radicale révolutionnaire des insurgés de la capitale.


Cent vingt journées de Sodome, par la brutalité de ses mots et de ses personnages, est comme une bombe qui vient achever la société, jusqu’à ce que la souffrance la fasse disparaître. De plus, le fait que Sade l’ait écrit à la Bastille, dans un cachot, est d’autant plus accablant. Un roman à la fois terrible, par son scandale et finalement par son génie. Le roman libertin fait donc l’identité propre de Sade, emprisonné pendant 27 années de sa vie pour avoir maltraité sexuellement des domestiques et des prostituées. Cette perversité sexuelle, l’écrivain l’a fait sentir en particulier dans les Cent vingt jours de Sodome, en premier, car écrit en 1784 lors de son séjour à la Bastille, puis dans son autre roman libertin, Justine ou les Malheurs de la vertu, lui, publié en 1791.



Un article d'Erwan MAS.

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